Saint-Denis (Réunion)

Surgie des profondeurs de l’océan Indien, dessinée par la lave en fusion et l’érosion, voici l’île de La Réunion, l’île à la forme de tortue. Elle a connu différentes appellations, « Diva Morgabin », « Santa Apolina », île Bourbon et enfin La Réunion.             

La première capitale de l’île fut Saint-Paul, ville située sur la côte ouest. De Saint-Paul, le Commandant Etienne Régnault rejoint le nord de l’île en 1669. Il baptise son point de chute Saint-Denis, nom de son embarcation. Son but est de transformer Saint-Denis en un point de débarquement plus fiable que Saint-Paul. L’île en effet, à cette époque, est un point de passage vital. Les bateaux y accostent pour se ravitailler ou réparer les avarices puis repartir vers Madagascar ou les Indes. Saint-Denis devient une ville à caractère commerciale mais également stratégique. Sa physionomie est marquée par une architecture commerciale avec un axe de débarquement, le Barachois, mais également des entrepôts et divers commerces et un immobilier militaire très marqué pour protéger les côtes. En 1738, Saint-Denis devient capitale de l’île Bourbon. A cette date, le Gouverneur Lemery-Dumont s’installe dans cette ville. Il occupe l’Hôtel du gouvernement, l’actuelle préfecture. Tous les bureaux et les administrations sont transférés à Saint-Denis.

Super panoramique de Saint-Denis à Sainte-Marie

Panoramique.jpg (874785 octets)

Photo prise du Pic-Adam (Bois de Nèfles).

 

    Les premiers voyageurs décrivant Saint-Denis furent déçus. La ville est plus proche d’un gros bourg que d’une capitale. Ainsi dans son œuvre Promenade autour du monde, Jacques Arago parle en termes peu élogieux de la capitale bourbonnaise : « Cependant la ville me fatigue, soit qu’elle n’ait rien d’assez bizarre pour me retenir, soit qu’elle ne ressemble pas assez à une cité européenne… » L’imposante végétation nuit beaucoup à l’expansion urbaine. L’île est en effet recouverte à certains endroits d’un épais manteau forestier. L’est de la ville est aussi cerné par d’immenses étendues de végétations. Le poids de la nature marque l’île profondément. Néanmoins, l’abattage et le défrichage intensifs ont appauvri les forêts. Les terres ainsi conquises servent aux cultures vivrières et aux habitations. Leurs bois sont par ailleurs très recherchés pour la menuiserie ou la charpenterie marine, mais aussi pour pourvoir à la consommation de bois de chauffage ainsi qu’aux constructions civiles et navales. Nous pouvons citer entre autres, le bois de natte, le bois de pomme, le takamaka, ou encore le bois de jaque. L’économie bourbonnaise est avant tout rurale. De plus, il faut rappeler que Saint-Denis est le point d’embarquement et de débarquement de nombreuses marchandises dont les fameuses épices : girofle, poivre, muscade et autres.

 Après la courte domination anglaise, l’île et sa capitale vont connaître une phase prospère : l’âge d’or du sucre, au XIX ème siècle. L’économie de La Réunion repose sur la culture et l’exportation du sucre. Cette période est marquée par une transformation de la physionomie dionysienne. Elle se pare de nombreux bâtiments, comme l’Hôtel de ville en 1860 mais aussi de demeures cossues qui fleurissent le long de la rue de Paris. Cet axe est l’artère vitale de Saint-Denis. Il est le lien entre le Barachois et le Jardin de l’État, entre le vieux Saint-Denis et le Saint-Denis moderne ; entre l’îlot le plus peuplé, le quartier de la Cathédrale, et les terres nouvellement habitées. Saint-Denis devient le haut lieu de toute l’île. Tous les Dionysiens s’étourdissent dans les bals de l’Hôtel de ville ou avec les courses à l’hippodrome de la Redoute. L’ambition commerciale de Saint-Denis se renforce, le Barachois est le premier port de commerce de La Réunion. Les constructions à vocation commerciale se localisent dans le quartier de la Cathédrale. De petite ville insignifiante, Saint-Denis acquiert son statut de capitale. Le commerce du sucre et des autres marchandises se joue dans cette cité portuaire. Les immenses savanes cernant la cité sont détruites et la ville s’agrandit au-delà du Jardin de L’État. La ville de Saint-Denis connaît un phénomène de « littoralisation ». Les premiers habitants s’installent le long des côtes puis ils remontent progressivement vers l’intérieur des terres.  

            Saint-Denis n’a toujours pas perdu son statut de nos jours. Elle continue de dominer le Nord de l’île. Elle n’est plus un pôle portuaire mais elle demeure le centre administratif et névralgique de La Réunion. Elle s’est nettement occidentalisée mais conserve quand même un cachet « métis » façonné par les diverses influences qui ont soufflé sur nos côtes. 

Auteur : Mr Eric Allagapen

Étudiant à la FAC de Saint Denis (Réunion)

  Titulaire d'un DEA d'histoire. Prépare actuellement une licence d'administration public.  A son actif : une étude sur la cathédrale de Saint-Denis ainsi qu'un second mémoire sur l'Hôtel de ville.