LE VOLCAN

LÉGENDES ET SUPERSTITIONS

 

Le volcan toujours craint, fut considéré dans l’imaginaire créole, comme la "bouche du Diable", qui dans sa rage folle cherche à insulter le Bon Dieu et crache des laves et des flammes vers le Ciel.

Le volcan, c’est l’Enfer : qui pourrait gronder sous la terre et faire jaillir de son ventre ces geysers, ces langues de feu, si ce n’est Lucifer qui gouverne un peuple de personnes mauvaises dont l’âme brûle au feu ? L ‘universitaire Prosper Eve raconte que "le Volcan est perçu par les esclaves comme un royaume infernal ou le Diable règne sur les esclaves blancs et les maîtres noirs".

Le naturaliste Bory de Saint-Vincent entreprend en octobre 1801 la première ascension du Piton de la Fournaise. Il rapporte : "Les Noirs découragés par tout ce que les esclaves du canton leur racontaient, témoignaient la plus grande terreur" Un noir racontait que "le volcan était le patrimoine du Diable, que c’était la bouche de l’Enfer, qu’il était d’autant plus dangereux pour nous d’y monter que les Blancs n’en revenaient plus, les démons les réduisant en esclaves, les employant à creuser la montagne, à diriger les courants de laves et à attiser le feu sous les ordres de commandeurs noirs".

Dans "Magie et sorcellerie", Robert Chaudenson précise que "les habitants du volcan, sont en fait les âmes errantes de personnes qui ont péri par crime, suicide ou accident et les grands criminels. Sont aussi condamner à errer les êtres privés d’absolution.

Mme Desbassyns (1745-1846), d’après la légende, aurait fait preuve d’une cruauté inouïe envers ses hommes ( Le voleur avait la main écrasée, le marron avait le pied coupé, le rebelle était pendu la tête en bas. -Daniel Honoré dans "Légendes Créoles".) On raconte qu’après sa mort, un éclair vint et emporta son âme pour la jeter au fond du volcan. Comme les autres esclaves, elle est chargée de souffler sur les braises pour attiser le feu de la terre. Avant l’éruption, on entend le "chaboiuc" claque et Lucifer crier : "Chauffe, chauffe Mme Desbassyns !" Dans le vent ses cheveux, les "cheveux de Pélée", tombent partout.

Grand-Mère Kal : M. Hibon de Frohen, au village de Mahavel, avait une esclave africaine ou malgache nommée Kal, à qui l’on prêtait des pouvoirs de guérisseuse, sinon de sorcière. Son fils étant allé se jeter à la mer. Elle alla à son tour se jeter au même au même endroit à La Ravine Blanche à St-Pierre. La légende de ce temps voulait qu'à chaque malheur, on avait la prévenance de "Grand-mère Kal", un grand cri lugubre la nuit. Elle sortait du volcan pour manger les enfants qui n’étaient pas sages.

Au fait c'était le cri d'un oiseau de mer qui vient se nicher dans les montagnes, c'est le fouquet ou "touc-touc" que l'on assimila au cri de "Grand-mère Kal".

Alfred Lacroix est désigné comme le père de la volcanologie française. L’observatoire de La Fournaise est installé en 1979 au Bour-Murat, ( 27°km. de la Plaine des Cafres), avec pour premier directeur Xavier Lalanne.

 

LA MAISON DU VOlCAN

LA MAISON DU VOLCAN. Ouverture : 9h30 à 17h30 ( Directeur:Philippe Dupont . Directeur de l’Observatoire : Thomas Staudacher)

Né en 1992, le Muséum de la Fournaise constitue une étape obligée dans la découverte du Piton de la Fournaise. Il est situé sur la route du volcan, au centre du village Bourg-Murat, à 1600 m. d’altitude. 22 km à travers les superbes paysages du volcan la séparent du Pas de Bellecombe, à 2311 m. d’altituded’où commence ascension pédestre au sommet.

Information scientifique et technique sur la Terre et les volcans, de la richesse iconographique. Articulée autour du volcanisme, la Maison développe une information complète à partir d’un certain nombre de thèmes originaux et variés.

- Forum extérieur. Accès libre :Environ 300 places.

- Hall d’entrée. La Fournaise, histoire de sa conquête, sa place dans les activités humaines et leurs créations. Point de rencontre et d’informations pratiques sur la découverte du site. Accès libre.

- Espace ludique. Spécialement consacré aux jeunes. Activités d’éveil tant scientifiques ( manipulations simples, expériences) qu’artistiques ( micro-atelier).

- Galerie artistique. 100m² consacrés à toute expression plastique autour des volcans.

- Exposition permanente. Volcanisme extraterrestre. Mécanismes terrestres, magmas et roches volcaniques, volcans gris et rouges, La Fournaise, records volcaniques, observation, risques et surveillance, influence sur l’environnement.

- Salle de spectacle. Projection permanente durant la visite. Accueil de conférences, spectacle, capacité 100 places.

- Bibliothèque, Centre de documentation écrite et iconographique. accueil de groupes pour travaux spécifiques.

- La boutique. Présentation et vente de souvenirs et d’artisanat.

 

LE PITON DE LA FOURNAISE

Le Piton de la Fournaise qui culmine à 2632 m., est l’une des plus impressionnantes curiosités de l’Ile de La Réunion. Il est parmi les volcans les plus actifs du globe. Les éruptions de ce bouclier-basaltique sont d’autant plus belles qu’elles ne présentent généralement pas de réel danger. On peut ainsi, avec un minimum de précautions, en admirer sur le site même le magnifique spectacle.

(Jacques Picard, gardien du gîte de Bellecombe depuis 1967)

 

Départs pour le Piton de La Fournaise

* En voiture par Saint-Benoît ou Saint-Pierre; La montée vers le Volcan s’effectue en empruntant la route des Plaines, soit par Saint-Benoît , soit par St-Pierre. On passe devant la maison du Volcan qui est à l’entrée de la route menant à la porte de l’Enclos. Arrêt au point de vue du Nez de Boeuf, dominant la Rivière des Rempart, au cratère Commerson, profond de 200 m. Au détour d’un piton, découverte de l’époustouflant, de l’irréel paysage, du panorama lunaire de la Plaine des Sables.

* Liaison Grand-Galet - Volcan, à partir du "Sud Sauvage", montée par le Nez de Boeuf, avec arrêt à Roche-Plate.

* Excursion VTT : une boucle de 8 km., depuis l'éboulement de la falaise Mahavel à la hauteur de la Caverne De Cotte.

 

* Du Pas des sables jusqu'au point de vue du Morne de Langevin.

Le Piton Chisny est un cône qui culmine à 2440 m. qui a donné l'aspect désertique de l'actuelle Plaine des Sables.

 

* Du gîte de Basse Vallée, au rempart du Volcan, il faut 6 h. de marche on passe par le Piton Ravine Basse Vallée, la forêt de cryptomérias, le Piton Rick , puis les étonnants Puys Ramond. Arrivé au Piton Bois-Vert (ou Bois-Bert) hérissé d'antennes, on marche sur des scories pour arriver au bord du rempart et découvrir le Piton de la Fournaise.

Au Puits arabe, au Tremblet, Pointe de la Table, on lit sur le panneau relatif à la coulée de1986:

" La Pointe de la Table fait partie du Jardin volcanique de St-Philippe, créé à la suite des éruptions hors enclos de Mars 1986. Située au sud du Grand Brûlé, Enclos, cette zone est totalement recouverte par les formations de la phase III de la Fournaise - 60.000 à - 5.000 ans et partiellement par des coulées de la phase IV - 5.000ans.

 

LES ERUPTIONS VOLCANIQUES depuis 1800

 

- 1800, 1810, 1852, 1858, 1871, 1891, 1897,

- 1966, 9 juin 1972, 9 juin puis le 25 juillet 1973, 4 novembre1975, 27 janvier 1976 à 22h.15,

- 1977 : 8 au 16 avril 1977 (le vendredi saint, la coulée qui travsersa Piton Ste-Rose), 24 octobre 1977,

- 1979 : 2 mai et 13 juillet

- 1981 : 23 janvier au 4 mai,

- 1983 : 4 décembre 1983 au 18 janvier 1984, puis une nouvelle phase jusqu’au 18 février 1984,

- 1985 :vendredi 14 juin, du 5 août au 10 octobre 1985, les 2 et 3 décembre et le 29 décembre, la 5°éruption de l’année.

- 1986 :19, 20 et 30 mars (voir ci-après) ; 13 juillet : quelques heures.du 13 au 14 novembre; 26 au 27 novembre et 6 décembre1986 au 6 janvier 1987 au cratère Dolomieu.

- 1987 :du 6.1 au 10.2, au dessus de la Plaine des Osmondes, vers le Piton Crac, puis du 10 au 29 juin, du 19 au 20 juillet, puis du 6 au 8 novembre et encore du 30 novembre au 1er janvier 1988.

- 1988 : 18 mai au 1 Août ( 74 jours), puis du 31 août au 26 octobre : 57 jours et du 14 au 29 décembre

- 1990 : 18 et 19 janvier : 17 heures seulement, et du 18 avril au 8 mai : 20 jours

- 1991 : 19 et 21 juillet : 43 heures de "feu d’artifice".

- 1992 : lundi 27 août

- 1998 (voir ci-dessous)

 

LE VOLCAN 1986

- 19 20 et 30 mars 1986 : Elle s'est déroulée en 4 principaux épisodes entre

Annoncée par une crise sismique sommitale quelques heures avant, elle débute le 19 mars 1986 au matin, par l'émission d'une petite coulée de 300 m. située au pied du "Nez Coupé" du Tremblet* dans l’Enclos". Ce premier épisode ne dure que 24 heures (* autre "Nez Coupé" de Sainte-Rose, les deux encadrent le Pas de Bellecombe).

Le 20 mars s'ouvre hors de l'Enclos, une fissure de 600 m. de long sur le flanc sud-est à l'altitude 1050m., juste au dessus du Piton Takamaka. Suite à des fontaines de laves de 300 m. de haut, vont se développer deux coulées empruntant les ravines "Citron-Galet" et Takamaka jusqu'à la RN 2 qu'elles couperont dans l'après-midi. Un plan Orsec-Volcan est mis en place, qui sera levé le 1 er Avril. 500 personnes sont évacuées. La coulée nord atteindra la mer dans la nuit, celle de Takamaka se stabilisant 300 m. en aval de la route.

Le 23 mars au matin, s'ouvrent jusqu'à 80 cm. de largeur, des fissures longues de 800 m. coupant la R.N. 2 à la hauteur de L'Ilet aux Palmistes, puis la lave sort dans l'après-midi entre la Nationale et l'Océan.. De plus en plus fluide, le magma détruisant les plantations de vanille atteint la mer le 24 mars en deux coulées, donnant lieu à des cascades de laves spectaculaires.

L'alimentation de ces laves se fera une semaine durant, jusqu'à former une plate forme de 25 hectares, gagnées sur la mer. ( La lutte des 2 éléments l'eau et le feu)

Le 30 mars, un cratère, puits de 100 m. de profondeur et de diamètre se forme par effondrement dans le "Dolomieu", suivi d'une petite coulée cascadant jusqu'au fond du puits. Nota: Le 13 juillet il se reproduira une petite coulée de laves résiduelles au fond de ce cratère.

La Fournaise présente une morphologie dysymétrique, suivant son axe est-ouest, ouverture de la caldeira de l'Enclos à l'est, grande pente etc. Ainsi son flanc est a-t-il tendance à glisser vers la mer, donnant naissance à une zone de faiblesse, où l'ouverture de fissure sous la poussée du magma est facilitée privilégiant les points de sortie. L'emplacement des coulées "hors Enclos" depuis 1774 en est la démonstration.

A ce trait structural majeur, s'ajoute la présence d'une chambre magmatique, réservoir interne au volcan situé entre 1 et 3 km. sous le sommet.

C'est à partir de ce réservoir dans lequel le magma s'accumule et séjourne que se fait l'alimentation d'une grande partie des éruptions. Dans cette chambre magmatique, se forment de gros cristaux visibles dans les laves, notamment l’olivine", péridot de couleur verte. Sa quantité relative au sein des roches de même que sa composition, donnent des indications sur la provenance du magma. Toutes les laves émises les 19 mars et 30 mars 1986 sont des basaltes à olivine. Le rôle des gaz confirme ce lien cogénétique. En effet, alors que la fissure de Takamaka montrait une dégazage intense, fontaine de laves de 300 m. de hauteur, celle de la Pointe de la Table laissait calmement échapper un magma identique mais complètement dégazé à une température proche de1200 °. Ceci indique une communication souterraine par le biais des fissures d'alimentation appelées "dykes".

 

Le volume total des laves de Mars 1986 est estimé à 15 millions de m3., dont 5 millions de m3 pour la Pointe de la Table. La coulée du 3 mars n'est elle qu'un résidu de laves de Janvier 1986, mis à jour par l'effondrement du cratère puits.

OBSERVATIONS POPULAIRES - Naissance des Mythes.

 

Lors de éruptions de la Fournaise, en 1977 notamment, des fumées s’élevaient à Cilaos, sur le Chemin des Calumets, reliant Bras-Sec à Palmiste Rouge 100 m. après avoir contourné le Bonnet de Prêtre culminant à 1700m. Les fumées sortent du sommet d’un ancien cratère de scories, de 15 m de large sur 10 m de haut.

D’autres fumées avaient été repérées hors éruption, lors de l’éboulement de 1982 dans le rond du Piton des Neiges, qui avait causé la destruction de la passerelle du Bras-Rouge au dessous de la cascade des Salazes, menant à l’Ilet à Cordes (après la cascade Pissât).

LE VOLCAN 1998

- 10 février 1998 : séisme ressenti à Cilaos et sur la côte ouest de l’Ile. Des habitants des Jacques - Saint-Joseph - ont vu un rideau de fumée s’élever d’une très ancienne coulée de laves. La fumée passe par des tunnels qui partent du volcan et qui traversent l’Entre-Deux, la crête séparant le Cirque de Cilaos de la caldeira du Bras des Roches Noires (affluent du qui descend de l’Entre-Deux).

L’observatoire de La Fournaise du Bourg-Murat, avec comme géologue volcanologique Patrick Bachèlery, enregistre plus de trois cents secousses sismiques annonçant l’éruption. Il se produit alors un éboulement de plusieurs centaines de milliers de m3. Par ailleurs, à Saint-Joseph, les habitants des Jacques, voient un rideau de fumée s’élever d’une très ancienne coulée de laves. Avec les premières secousses sismiques annonçant l’éruption du volcan, se produit alors un éboulement de plusieurs centaines de milliers de m3.

Après cinq ans et demi de sommeil, le volcan se réveille. Le trémor, vibration continue enregistrée par es sismomètres, correspnd ) l’écoulement de la lave dans les fissures lorsqu’elle peut s’échapper à l’air libre

- Lundi 9 mars 1998, à 15h.12 : "Volcan la pété" dit un T.shirt, imprimé par une société de Saint-Paul.

Le piton Magne, est encerclé de laves. Des cataractes de feu jaillissent des entrailles de la terre; des projections de laves atteignent une cinquantaine de mètres, arrivent à la Plaine des Osmondes à 1000 m., entre le Piton de Crac et le Rempart de Bois-Blanc, charriant des rochers de plusieurs tonnes.

Trente et quarante milliers par week-end de visiteurs assistent la nuit au spectacle, plus visible du Piton de Partage.. Le Préfet Rober Pommiès fait assurer la sécurité. Seuls les autocars et taxis collectifs sont admis jusq’au Pas de Bellecombe.

- Jeudi 12 Mars 1998 à 15h.05 Une fissure de 100 m. de long se produit entre le Cratère Rivals et le Rempart de l’Enclos, au sud-ouest du Cratère Bory. Au cratère Fred-Hudson, seproduit une coulée, une deuxième simultanée, à proximité du Cratère Caubet au sud-ouest de l’Enclos , plus visible d depuis le Piton de Bert., dit aussi Piton Vert. (Bert un officier, minéralogiste à Bourbon en 1801).

Des fontaines de laves de 25 m alimentent une coulée de 500 m. de long.

Des constatations et appréciations : Jacques Durieux arrivé de Lyon pour l’équipe de tournage d’un film "Vulcania", déclare : "Ce volcan de La Fournaise est pour moi l’un des plus esthétiques que j’ai rencontrés a travers le monde. J’en ai vu beaucoup. Il me rappelle le Kilaua des Iles Hawaï en éruption depuis 14 ans.

Sept volcanologues sont arrivés de Métropole pour renforcer les rangs des scientifiques de l’Observatoire volcanologique.

Pour affronter les températures de l’ordre de 1100°C., une tenue d’amiante s’impose.

Le volcanologue français, Haroun Tazieff

né à Varsovie en mai 1914, de père russe et de mère polonaise est mort à 83 ans dans une clinique à Paris le lundi 4 février

Scientifique et explorateur, agronome, écologiste, alpiniste, peintre, boxeur, rugbyman, vulgarisateur de génie et ministre iconoclaste. Il a écrit une vingtaine d’ouvrages sur les différents volcans dont "Cratère de Feu" et réalisé 6 films, dont le "Volcan interdit". En 1972, 1979 et en 1985, il est venu à La Réunion, au Piton de la Fournaise.

Jean Guichard