Asinus et Vulpis

Écoutez donc l'ami Guichard

Qui vous narre comment Renard

Des animaux le plus habile,

Sut un beau jour se rendre utile.

Un âne se trouvait bridé, près d'une porte

D'hôtel. Son conducteur d'imprévoyance forte,

Lassé s'y restaurait. L'âne de corps bien bas

Portait de quoi en faire un splendide repas:

Coqs, poules et canards, bref une charge grasse.

Aussi avait-il l'air de demander grâce.

Maître Renard arrive: il est faible, il a faim.

Il voit l'âne et lui dit: "Donner un coup de main

Bon Seigneur Asinus à n'importe quel être,

C'est là la charité. Comme je suis un prêtre

Et votre compagnon, vous devez être aidé,

Car vous êtes, je vois, par ce sac excédé.

Il faut en vérité, savoir se rendre utile

En ne se montrant point égoïste et hostile.

Votre maître s'attarde et vous êtes encor

Sous ce soleil brûlant! Vous avez un coeur d'or!

Moi, je ne suis pas fort, mais avec la volaille,

J'arriverai chez vous, vite, vaille que vaille."

L'âne , stupide animal, a confiance et répond:

" Merci, Père Vulpis! L'on vous juge fripon

Mais je vois aujourd'hui que c'est tout le contraire.

Ceux qui parlent ainsi, dès lors je ferai taire..

Oui, je suis fatigué, c'est vrai. J'ai trotté tant!

Avec ce sac au dos. Je serais bien content

Si vous pouviez m'aider. Prenez donc ces volailles

Qui livrent sur mon bât d'importunes batailles.

Lorsque notre Asinus se retrouve allégé,

Voilà notre Vulpis du butin bien chargé.

Après une mimique assez sentimentale,

Renard tout aussitôt s'en va, court ,détale...

Maître et âne tous deux, restent dans l'affliction

Par suite du malheur et d'une correction,

Tandis que renard Vulpis, heureux de sa victoire,

Festoie et rit de l'âne et s'en fait une gloire... Bien chers amis, qui m'entendez ,

N'imitez pas de tels baudets ! Surveillez-vous quand on renarde Des beaux flatteurs, prenez tous garde! Car ici-bas qui est flatté, Est très certain d'être trompé.

 

 

Jean GUICHARD (Le 1.6.1947. En vacances)